Elles ne sont pas de la même famille, ne se sont même d’ailleurs jamais rencontrées et pourtant elles ont un point en commun. Vous ne devinez pas ? Célia et Manon Loubet sont toutes deux correspondantes régionales à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP). L’une dans les Alpes et l’autre en Normandie. Rencontre avec deux correspondantes très spéciales.

Bien qu’il ait été porté par un ancien président de la République et environ 5 000 familles en France, le patronyme Loubet n’est en fait pas aussi courant que cela et sa répartition sur le territoire est assez homogène. C’est ce qui explique en partie que Célia et Manon n’avaient pas connaissance l’une de l’autre avant de découvrir leur nom sur les listes électorales des dernières élections triennales. Et, bien qu’à des centaines de kilomètres de distance, il leur arrive cependant de faire exactement la même chose en même temps pour la CCIJP. Leur rôle est en effet identique. Il consiste principalement à examiner les premières demandes de cartes d’identité des journalistes professionnels et, après vérification des éléments fournis par le demandeur, de rendre un avis éclairé qui facilitera le travail des commissaires de première instance au moment de la validation ou non du dossier.

A l’automne 2024, elles ont toutes les deux étés élues en tant que correspondantes régionales. Et si pour Célia, qui entame son cinquième mandat, il n’y a pas eu le parfum de la nouveauté, cela n’a pas été le cas pour Manon dont l’élection a rimé avec initiation. « J’ai toujours voulu m’engager et avoir un mandat pour défendre les salariés et la profession, souligne la rédactrice en chef adjointe, en charge du numérique, à France 3 Rouen. Celui à la carte de presse me convient parfaitement. Au vu de ma situation hiérarchique, il aurait été délicat pour moi d’assurer une responsabilité syndicale dans mon entreprise. »

© Anouk Anglade

Après la fin de son cursus universitaire à Lannion (IUT et licence pro) en 2010, elle a travaillé pour plusieurs publications du groupe Publihebdos, notamment dans des journaux à Caen et sur le numérique à 76actu Rouen, avant de rejoindre la rédaction de France 3, en septembre 2023. « Avec Anthony*, nous nous partageons les dossiers, explique-t-elle. En moyenne, nous en traitons une dizaine chaque mois. C’est une expérience très intéressante qui m’a permis de découvrir de nouvelles publications et de nouveaux métiers hybrides. À ce sujet, parfois c’est limite et il n’est pas facile de déterminer s’il s’agit ou non d’un travail de journaliste. »

Malgré ses cinq mandats au compteur, Célia, reporter au centre départemental de Bourgoin-Jallieu pour le Dauphiné-Libéré depuis 2000, se pose encore et encore la même question. « C’est un rôle qui me tient à cœur, confie-t-elle. En tant que correspondante régionale, je suis bien souvent la première interlocutrice des jeunes consœurs et confrères ou des salariés plus âgés qui entament une reconversion. Au fil des mandats, j’ai pu mieux mesurer l’évolution de la profession dans ma région et m’intéresser de plus près aux nouveaux supports et formes de presse. Avec le temps, je dois reconnaître que j’ai acquis un peu plus de souplesse et de rondeur, même si je suis toujours aussi rigoureuse sur les dossiers. »

Les 90 ans de la CCIJP leur donneront peut-être l’occasion de se rencontrer enfin. Pas à Villeneuve-Loubet, c’est certain. Peut-être dans un autre port, Sète, où leur syndicat se réunit en octobre prochain ? À moins que, comme aurait pu le chanter Georges Brassens, coquin de sort elles ne se manquent encore.

(*) Quindroit, élu titulaire pour la Normandie.

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