Selon vous, quels sont les freins ?
Cela coince au niveau politique. Une volonté politique forte est nécessaire pour permettre une autorégulation de la profession. Ce fut le cas en France avec le vote de la loi Brachard en 1935. Le Cameroun doit se doter d’une instance suffisamment autonome de l’Etat, avec les moyens nécessaires.
Cela coince aussi au niveau de la représentativité. Si les journalistes sont bien organisés avec un SNJ fort, il manque en face des interlocuteurs, regroupés en organisations d’employeurs.
Enfin, le volet social est primordial. Les journalistes exerçant au Cameroun n’ont pas de statut de journaliste professionnel. Une convention collective existe mais ils peinent à la faire respecter.
En quoi les conditions d’exercice du journalisme au Cameroun diffèrent de celles de la France ?
Avec nos confrères et consoeurs du Cameroun, nous partageons les mêmes questionnements face au développement des plateformes qui pillent notre travail, sur le fait qu’il y a une différence entre un créateur de contenu et un journaliste professionnel, sur l’avenir de nos métiers… Mais il est clair que nos conditions d’exercice sont très différentes. Les journalistes des médias privés camerounais ont très peu de moyens, travaillent dans l’insécurité et font des séjours réguliers en prison. Ceux des médias publics semblent mieux lotis.
En France, notre système n’est pas parfait mais il s’appuie sur l’indépendance des médias et un statut social solide, avec une commission de la carte d’identité des journalistes professionnels qui protège ses 35 000 journalistes.